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Loin
derrière les géants du bordelais ou de Bourgogne, ce petit
domaine viticole dont la surface totale est dun peu plus de 1 500
hectares brille, malgré sa taille réduite, par la diversité
exceptionnelle de ses produits. Mais le vin du Jura nest pas avare
de paradoxes étonnants qui contribuent à faire son charme
et comblent ceux qui savent lapprécier. Comme tous les
vignobles de lhexagone, il na pas échappé
à la terrible épidémie de phylloxéra qui
décima la majorité des plants dans la deuxième
partie du XIXème siècle.
(Profitons au passage pour signaler quun des remèdes à
ce fléau, lhybridation de cépages américains
et français, fut une idée dun jurassien. Eh non,
il ne sagit pas de Pasteur, le plus célèbre des
natifs du département mais dAlexis Millardet, un botaniste
qui inventa également la « bouillie bordelaise »,
un mélange à base de chaux et de sulfate de cuivre qui
servait à lutter contre le mildiou).
Après
lhécatombe, les vignes qui étaient plantées
dans chaque village sont devenues la portion congrue dune polyculture
qui se tourna vers des ressources agricoles peut-être moins nobles
mais en tout cas plus sûres. Cependant, si la quantité
perdit au change, on doit avouer que la qualité a sans aucun
doute été la grande gagnante de cette éradication.
Car dans les tonneaux, il y avait de tout et pas forcément du
très bon. Appelons cela pudiquement du « vin de table ».
Il est dailleurs impossible de simaginer quels arômes
pouvaient avoir les vins du Jura quand on sait quil ny avait
pas moins de cinquante cépages différents et que lon
nhésitait pas à les mélanger dans les vignes,
quils soient blancs ou rouges et que de nombreux vignerons mélangeaient
également toute la récolte dans les cuves.
Heureusement,
certains avaient conscience de la notion de terroir et leurs conclusions
furent, non sans mal, à lorigine de cette fameuse appellation
contrôlée qui imposa rigoureusement lemploi exclusif
de cinq cépages. Trousseau, pinot, poulsard pour les rouges,
savagnin et chardonnay pour les blancs, tels sont les cépages
que les anciens ont choisi de conserver pour coller au mieux à
lidentité du Jura.
Autre
particularité, si le chardonnay a fait le tour de la terre, si
le pinot est à laise dans dautres terroirs, le trousseau,
le poulsard et le savagnin sont peu répandus, voire inexistants
sur la planète, puisque les vignerons jurassiens se plaisent
à dire que le savagnin, avec lequel on élabore le fameux
vin jaune, se trouve exclusivement dans le Revermont.
Cest
donc sur cette bande de terre qui traverse le Jura dans un axe légèrement
diagonal que se dressent les pentes les mieux orientées vers
le soleil qui fait mûrir les grains. Falaises, reculées
(dont la plus fameuse est celle qui abrite le village de Baume-les-Messieurs)
sculptent également ce relief qui se situe entre les plaines
et les plateaux du Haut-Jura. Le changement daltitude est net
et on peut le voir facilement en empruntant la nationale 83 depuis laquelle
on observera les vignes concentrées uniquement dans ce secteur.
LA.O.C
« Côtes du Jura » est la plus fréquemment
rencontrée, elle compte en son sein des villes aussi diverses
que Poligny, capitale du Comté que des villages comme Montaigu,
berceau de Rouget de Lisle, compositeur de la Marseillaise. Elle regroupe
la majorité des communes viticoles et sétale sur
une surface de 600 hectares.
Sur
un peu moins de 800 hectares, lA.O.C « Arbois »
est évidemment centrée autour de la ville du même
nom à laquelle il faut ajouter le village de Pupillin. Arbois
constitue le centre économique des vins du Jura, la « locomotive »
Henri Maire nétant pas pour rien dans cette notoriété
qui dépasse les frontières du département.
A visiter, le musée du vin qui est installé dans le château
Pécauld et une visite dans cette ville sera bien sûr loccasion
de se rendre à la maison Pasteur, homme illustre qui sintéressa
aux mystères des fermentations.
Beaucoup
plus réduite, « Létoile »
emprunte son nom à ce village situé à quelques
kilomètres de Lons-le-Saunier et elle accueille en son sein les
villages de Plainoiseau et Saint-Didier sur un total de 55 hectares.
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LA.O.C
« Château-Chalon » concerne uniquement la
production du vin jaune sur 50 hectares englobant aussi Ménétru
le vignoble, Domblans, Nevy-sur-Seille.

La Saint-Vernier à Château-Chalon.
Les
autres vins de ce territoire étant en appellation « Côtes
du Jura ». Si elle est une richesse, la diversité
des productions liée aux personnalités des vignerons peut
désorienter celui qui souhaite sinitier à la palette
aromatique de tous ces crus. De plus, le vin du Jura affiche fièrement
un goût de terroir prononcé, les racines de la vigne semblant
remonter jusque dans les verres, il faudra tout dabord commencer
linitiation par les vins plus « faciles »
que sont le chardonnay, jeune de préférence et le gouleyant
poulsard dont la vocation nest pas de vieillir.
Parlons-en de ce poulsard. Sa robe est claire, alors les béotiens
penseront trop vite que cest un rosé. Mais le poulsard
est bien un rouge ! La timidité de sa couleur sexplique
par la finesse de la peau des grains qui apporte une teinte pâle
à la masse du jus. Autre particularité, les étiquettes
du village de Pupillin, qui senorgueillit dêtre la
« capitale mondiale » de ce cépage, portent
la mention ploussard.

Le poulsard ou ploussard.
Cest
bon à savoir si lon ne veut vexer personne. Donc, le poulsard,
ou ploussard, se boit relativement frais, souvent sans dépasser
les cinq années qui suivent sa mise en bouteille et il accompagnera
parfaitement un repas léger ou un pique-nique.
Au rayon des blancs, le chardonnay peut déjà afficher
plus de caractère. Il se marie divinement avec le Comté
(un des rares fromages qui se savoure avec du vin blanc) et il entre
dans la constitution de la fondue. Il est parfois nécessaire
de louvrir une demi-heure avant de le servir et il est riche denseignements
sur les méthodes de vinification et sur le caractère des
différentes appellations. A titre dexemple, la comparaison
entre un chardonnay côtes du Jura et un Etoile saute immédiatement
aux papilles. Si lon simplifie, le premier paraîtra plus
« rond », lautre plus « sec »,
plus « minéral ». Mais ceci est à
prendre avec des pincettes car il serait facile de trouver le contraire.
Certains vignerons lorgnent désormais sur les méthodes
bourguignonnes, comme le « batonnage », et ils
obtiennent ainsi des blancs du Jura plus « légers »,
plus « souples ». Comme ailleurs, les millésimes
ont leur importance et à mesure que le chardonnay vieillit, il
perdra sa « verdeur » pour sassouplir et
gagner du « corps ».
Le
pinot, qui jusquà présent était souvent réservé
aux assemblages de rouges, commence de plus en plus souvent à
être commercialisé en cépage unique.
Le
trousseau qui sépanouit bien à Montigny-les-Arsures
saura accompagner le gibier sans sévanouir derrière
une sauce bien marinée. Certains le produisent avec des arômes
légers de fruits rouges, dautres le souhaitent plus « tannique ».
On
trouve aussi un « rouge » du Jura qui est en fait
un assemblage de ces trois cépages que les vignerons choisissent
de réunir dans des proportions différentes selon le résultat
quils souhaitent obtenir.
Enfin,
il reste le savagnin que lon découvrira tout dabord
en assemblage avec le chardonnay, on parle alors de « blanc
typé », puis on passera au plaisir de le boire seul
pour simmerger dans un univers spécifiquement « Jura ».
Avant de le déguster, on capturera longtemps ses parfums avec
le nez en tournant le verre. Odeurs de noix, damandes, le savagnin
peut aussi devenir vin jaune, le nec plus ultra de la production jurassienne,
le flambeau et la fierté des vignerons.
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Dans
un tout autre registre, noublions pas cependant le Macvin, (mélange
de marc et de vin) qui sera servi en apéritif. Il titre 18°
et il supporte bien un séjour dans le réfrigérateur.
Le vin de paille sera quant à lui proposé avec le dessert,
ce vin liquoreux se mariant volontiers avec les douceurs chocolatées.
Il reste le Crémant qui vient de faire récemment son entrée
dans le club des vins pétillants après avoir longtemps
hésité dans le clan imprécis des vins mousseux
ou des « méthodes champenoises ». Ses bulles
sont conseillées avec un gâteau un peu sec mais il peut
servir également douverture à un repas et on le
prépare en délicieux cocktail avec de lalcool de
pêche et du macvin. Après le café, on terminera
ces agapes par un marc du Jura, une eau de vie obtenue par distillation.
Si lexpérience est irremplaçable pour dompter les
subtilités des vins du Jura, il faut profiter de votre passage
ici pour vous rendre dans les caves où les vignerons aiment tant
expliquer les secrets contenus dans leurs bouteilles.

Le caveau
de cellier des Chartreux, XIIe siècle, à Montaigu.
En
période estivale, il ne faut surtout pas passer à côté
des soirées dinitiations organisées dans différentes
villes et villages. Les offices de tourisme sauront vous renseigner
sur les dates et il est réellement intéressant de sy
rendre pour faire un bond en avant dans lart de la dégustation.
A ne pas manquer ! Dautres rendez-vous permettent de se baigner
dans latmosphère typique du vignoble. Septembre, quand
sonne lheure des vendanges, est le temps de la fête du « Biou
» durant laquelle une procession porte une immense grappe
qui sera bénie et suspendue dans léglise. Au cur
de lhiver, la « Percée du Vin jaune »
au début du mois de février a su simposer en trois
ans comme un événement national. Lédition
de lan 2000 aura lieu à lEtoile et elle permettra
de rencontrer tous les vignerons jurassiens dans un même village.
Une fête où que lon ne manquera pas de se constituer
un précieux carnet dadresses car on le répétera,
le caractère indépendant des producteurs se reflète
dans leurs produits.
Le
plus ancien que lon connaisse, et que certains ont eu limmense
privilège de goûter, date de 1774. Selon eux, il navait
rien perdu de ses qualités. Lorigine du vin jaune sentoure
dun mystère, les écrits le mentionnent au 19 ème
siècle, et jusquà preuve dautres découvertes,
on saccorde à penser quil proviendrait de la première
moitié du 18ème siècle. Il est élaboré
à partir du cépage savagnin, qui lui aussi a des origines
assez floues, on dit même quil aurait été
importé de Hongrie. Il sépanouit sur les marnes
bleues et noires du Lias et cest la raison pour laquelle il ne
représente que 15 % de la surface des plantations. Complètement
atypique, le vin jaune doit être patiemment mis en tonneau pendant
six ans et trois mois, période durant laquelle il se recouvre
dun voile de levures qui est la clef de son élaboration.
La bouteille qui le contient na pas déquivalent dans
le monde, elle se nomme le « clavelin » et elle
offre un volume de 62 cl, correspondant à ce qui reste dun
litre de jus après toutes ces années passées en
fût. Quand on le débouche avant de le consommer (une demi-journée
au moins avant de le verser dans les verres), son odeur de noix saute
aux narines. On sera également séduit par ses arômes
dépices, de curry, de sous-bois et les vignerons du Jura
ne sont pas vexés que ceux qui le découvrent pour la première
fois soient désorientés par ses parfums.
Cest
un vin qui ne peut laisser indifférent et il faut parfois savoir
le « mériter ». Il est le reflet dune
culture particulière et sa dégustation se fait toujours
avec respect. Il est la base de la très fameuse recette du coq
aux vin jaune et aux morilles et se prête aussi à dautres
recettes raffinées.
Il
y aurait beaucoup à dire sur ce sujet fabuleux, on ajoutera simplement
que cest un vin qui peut se conserver 50, 100 ans
et plus.

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