LES INEDITES DU RESEAU

Deux données " Probables " permettent de confirmer la présence du lynx.

Une observation visuelle est, par définition, difficilement vérifiable. Il est en effet difficile de s’assurer qu’un tiers a réellement observé un lynx. Pour cette raison, les observations visuelles sont rarement classées dans la catégorie des informations " Confirmées ". Néanmoins, dans certaines conditions, deux observations jugées " probables ", bien étayées, permettent de " confirmer " la présence du lynx. Elles doivent avoir été réalisées dans le même secteur, à la même période et par des observateurs différents. Dans de tels cas, la concordance des faits permet en effet d’apporter un crédit supplémentaire à une simple suspicion de présence. Les 30 et 31 mars 2000, deux automobilistes, MM. VIGNAND et PERROUSE, ont vu un lynx sur le CD30. Les observations ont été faites à 3 km de distance, au lieu dit " Col de Richemont " (localités de Injoux-Génissiat (01) et Chanay (01)). Ces observations ont été vérifiées par Jean-Luc BRECHE (Service départemental de Garderie de l’Ain, ONCFS).


Prédation de lynx sur le Grand Tétras

Le 1er mai 2000, un cadavre de Grand Tétras (Tetrao urogallus) mâle adulte a été découvert sur une place de pariade de la commune de CHAMPFROMIER (01) par Pascal MATHIEU et Michel RICHEROT (Service départemental de Garderie de l’Ain, ONCFS). Cet animal était en partie consommé. A proximité immédiate du cadavre, les deux correspondants du " Réseau lynx " ont observé une empreinte de lynx et ont prélevé des poils qui après examen microscopique se sont révélés être des poils de lynx. A notre connaissance, cette prédation de lynx sur un Grand Tétras est le premier cas signalé en France depuis le retour de ce prédateur en 1974 dans le Massif jurassien, 1976 dans les Alpes et 1983 dans le Massif vosgien. Dans les montagnes du Jura Suisse, un seul cas a été signalé, pour 617 proies du lynx retrouvés pendant la période 1988 et 1998 (JOBIN et al. 2000 ; cf. rubrique " Pour en savoir plus sur "). Les tétraonidés représentent parfois dans les pays scandinaves un proportion non négligeable du régime alimentaire. Dans le Jura et les Vosges, ce faible taux de prédation s’explique probablement par la très faible probabilité de rencontre entre ces deux espèces. Le lynx, naturellement présent en faible densité, ne fréquente qu’occasionnellement les espaces, de plus en plus restreints, occupés par les Grand-Tétras. En outre, le Grand-Tétras, souvent perché le soir et la nuit, est peu vulnérable. L’époque des parades reste vraisemblablement la période la plus critique pour le Grand-Tétras. Les coqs rassemblés sur des places de " Chant ", occupés principalement à défendre leur territoire, sont moins méfiants et plus facilement repérables par les prédateurs. Néanmoins, la majorité des places de chant du Massif jurassien sont suivies chaque année et la prédation par le lynx reste un événement rare et anecdotique.


Présence du lynx sur la Montagne de l’Epine

Les 12 et 13 janvier 2000, Yves DERAIN (Office National des Forêt) a suivi une piste de lynx sur plusieurs kilomètres, parcourant la montagne de l’Epine sur les localités de St-THIBAUD-de-COUZ (73) et St-JEAN-de-COUZ (73). Le 20 mai 2000, M. MORET-NIZET a observé à bord de son véhicule un lynx à 10 mètres pendant 10 secondes, sur la D916, à proximité du col de l’Epine (Commune de LA-MOTTE-SERVOLEX). Cette observation, vérifiée par Yves DERAIN, a été jugée " PROBABLE ". La Montagne de l’Epine, avec ses prolongements forestiers au nord (Mont-du-Chat, Mont-de-la-Charvaz, Mont-Landard) ou à l’ouest (Bois-de-Glaize) est une voie de communication entre le sud du Massif jurassien et le massif de la Chartreuse dans les Alpes. Le recueil régulier de données sur cet axe permettra à terme de montrer l’importance de ce corridor pour l’espèce. Au cours du premier semestre 2000, la présence du lynx a été suspectée à trois reprises dans le massif de la Chartreuse : des restes d’ongulés sauvages, classés comme indices " probables " de lynx, ont été découvert les 16 février, 29 mars et 7 mai sur les communes de SARCENAS (38), St-PIERRE-de-CHARTREUSE (38) et PROVEYSIEUX (38), par BOQUERAT, M. Yvan ORECCHIONI (Office national des Forêts) et M. BUFFART (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage).


Des lynx sédentaires dans la région de LA-BRESSE (88)

Le 7 mars 2000, Jean-Claude CLAUDEL, Bernard LOUIS et Christian BOURGAU, du Service Départemental de Garderie des Vosges (ONCFS), ont observé les pistes de deux lynx différents au lieu dit La-Tour-des-Rochers sur la localité de LA-BRESSE (88). En suivant ces pistes ils ont découvert deux cadavres de chamois, une femelle adulte et son jeune. La présence simultanée de deux lynx de taille adulte à cette époque est très certainement un indice de la présence d’adulte(s) sédentaire(s), et de la présence possible de reproduction. Il peut s’agir d’une femelle accompagnée d’un jeune de l’année non encore émancipé ou alors de deux adultes qui se sont retrouvés lors du rut.


Perte du signal télémétrique du lynx relâché le 29 juin 1999 dans la Forêt Domaniale du Champ du Feu (67)

Cette jeune femelle, " égarée " dans des habitations probablement après la mort de sa mère, avait été relâchée après sept mois de captivité, à 10 km environ de son lieu de capture, équipée d’un collier émetteur (cf. Bulletin du réseau lynx n°3). Au cours des six mois qui ont suivi sa remise en liberté, cet animal s‘est parfaitement réadapté à la vie sauvage en fréquentant un espace d’environ 11 000 ha, centré sur son site de lâcher (cf. Bulletin du réseau lynx n°4). Au cours du premier semestre 2000, ce lynx a été localisé à 22 reprises dans la région de GRENDELBRUCH (67). Seize localisations ont été réalisées dans la petite vallée du Grendelbach sur les communes de MUHLBACH-sur-BRUCHE et MOLLKIRCH, durant les mois de janvier (n=7), février (n=5), fin mars début avril (n=2) et fin avril (n=2). Cette femelle a été également été repérée durant la première quinzaine de mars sur le versant Est du Schwarzkopf (commune de ROSHEIM, n=3), puis à la mi-avril dans la vallée de la Magel (commune de GRENDELBRUCH, n=1) à quelques centaines de mètres de son lieu de capture, et fin mai dans la vallée du Barembach (commune de BAREMBACH, n=1). La dernière localisation a été réalisée, le 6 juin 2000, dans la commune de GRENDELBRUCH, à proximité du hameau " Muckenbach ". Depuis cette date le signal radio n’a plus été obtenu dans la région malgré différentes recherches effectuées en véhicule les 21 et 26 juin et les 6 et 11 juillet 2000, puis en avion les 17 juillet et 1er août 2000. La perte du signal émetteur, peut être due à une défaillance technique du collier émetteur ou à un acte de braconnage. Les données en notre possession ne nous permettent pas de privilégier l’une ou l’autre de ces causes. L’hypothèse du décantonnement de ce lynx dans une autre région peut en revanche être exclue car les recherches aériennes ont porté sur un secteur plus vaste que l’aire déjà fréquentée par cet animal. En outre, cet animal a été extrêmement casanier et n’a jamais cherché à prospecter des secteurs éloignés l’obligeant à traverser des obstacles comme la vallée ouverte de la Bruche. Ces résultats montrent qu’un lynx juvénile, qui avait tenté à deux reprises de pénétrer dans une maison d’habitation, peut se réadapter à la vie en milieu naturel après une courte période de captivité. Cet animal a été observé le 7 janvier 2000 (15 minutes à 20 mètres) par Bernard HERMENT du Service départemental de Garderie du Bas-Rhin (ONCFS) en bonne condition physique et avec un embonpoint satisfaisant. Le suivi par radio-pistage de cet animal au cours du premier semestre 2000 a été réalisé par les agents de l’ONCFS, Olivier AUGE, Jean-Marc COMBACON, Nicolas FLON et Jean-Luc GRANDADAM de la Brigade Mobile d’Intervention de GERSTHEIM, Bernard HERMENT, Philippe MALATERRE, Jean MEHN, Vincent MONTIBERT, Didier WAGNER et François WECKER du Service départemental de Garderie du Bas-Rhin et Christine St-ANDRIEUX et François LEGER de la Direction de la Recherche et du Développement.


34 données collectées en six mois par un même correspondant

Au cours du premier semestre 2000, Loïc COAT, a collecté 34 données sur la présence du lynx, confirmées (n=32) ou probables (n=2), dans 16 communes différentes des département du Jura et de l’Ain. Il a recensé 23 pistes différentes, 8 proies sauvages et 8 observations visuelles dont 6 réalisées par lui même lors d’affûts à proximité de troupeaux domestiques (n=5) ou à bord de son véhicule (n=1). Ce palmarès exceptionnel obtenu sans suivi par radio-pistage n’a été possible que grâce à la prospection régulière de secteurs habituellement fréquentés par le lynx et à une ténacité toute bretonne ! En six mois, Loïc COAT aura parcouru, 100 km à ski, 500 km à pied et en raquette, et 10 000 km en voiture. Il aura réalisé environ une centaine d’heures d’affûts par mois. Toute cette énergie a été mobilisée pour le repérage et la réalisation d’images pour son second film sur le lynx (cf. Bulletin n° 4). D’après Loïc, le lynx utilise les mêmes passages pour fréquenter son domaine d’activité. La surveillance de ces sites est un bon moyen pour vérifier la présence de l’espèce dans une région donnée, à condition bien entendu que ces " passages obligés " soient connus. L’utilisation de pièges photographiques peut permettre une surveillance quasi-permanente de ces sites. Des premiers essais réalisés en Suisse par Jens LAAS du centre KORA (Projets de recherches coordonnés pour la protection et la gestion des carnivores en Suisse) montrent que non seulement il semble possible de déceler la présence de l’espèce mais que la mise en place de nombreux pièges photos pourraient permettre d’obtenir un indice d’abondance reflétant la densité des lynx présents (cf. KORA info 1/00). A surveiller.


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